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Revue de presse sur les mathématiques

 

             Depuis plus de trente ans, il existe une remarquable stabilité de la représentation imaginaire des mathématiques renvoyée par la presse. Cela peut être une (parmi d'autres) des causes du manque de jeunes se dirigant vers les sciences.

 

 

  Octobre 2006 N° 351

             Les mathématiques sont dangereuses !... Il n'est que de considérer « Les ravages des mathématiques modernes » (titre d'un article d'Impascience , n° 4-5, printemps 1976) où « toutes les victimes de la mathématique s'accumulent» (Le Point, 17 mai 1976). Pour l'élève il n'y a que deux solutions comme l'indique le titre d'un article du Monde du Dimanche (27 janvier 1981) "Maths ou crève". Partout c'est "l'invasion des mathématiques" (Sciences et Avenir, n° 73).

 

             Quant au danger véhiculé par cette discipline, il semble bien qu'il s'agisse d'un danger lié à la forme d'autorité qu'on lui attribue. En effet, la plupart des qualificatifs employés ont trait à une forme de gouvernement:

i— La royauté: « Dans les années 1960, les mathématiques détrônent toutes les autres disciplines » (Le Monde, 16 septembre 1980), ou encore: Cette "noble discipline" (L'Express, 19 juin 1977), «hors de la voie royale, la filière C, point de salut» (Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1979). Pourtant la fin de cette royauté absolue est annoncée, « le règne absolu et incontesté des maths modernes prend fin» (Le Point, 17 mai 1976).

— La royauté n'est pas la seule forme de gouvernement attribuée aux mathématiques. C'est aussi « une forme de totalitarisme qui répand la terreur » (Psychologie, septembre 1978). Mais «est-ce la fin de cet impérialisme?» (Le Matin, 16 septembre 1980). On craint malheureusement « que le chemin soit encore long avant d'en finir avec cette dictature » (Le Matin, 16 septembre 1980) (Voir le titre du Monde de l'Education d'Octobre 2006 en image plus haut, 26 ans plus tard rien n'a changé!!!; elle sévit même chez les matheux: « Les taupes et la tyrannie des mathématiques» (titre d'un article du Monde, 24 janvier 1973).

             Enfin, on attribue aux mathématiques la forme de gouvernement la plus puissante car la plus incontestable, c'est-à-dire celle de Dieu lui-même, lorsqu'elles deviennent «une théorie terriblement dogmatique, formaliste à l'excès dont les définitions, les axiomes et les théorèmes tombent du ciel comme les paroles du prophète» (Science et Vie, septembre 1971).

 

             Au service de ces royaumes, empires, dictatures, les mathématiques sont le plus zélé des agents de sélection: «l'orientation est devenue une forme de sélection plus sévère que le Bac, et le couperet ce sont les maths» (L'Express, 1976); les mathématiques c'est "la guillotine" (Le Point, 17 mai 1976) et «le tamisage mathématique sert pour tous» (Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1979).

 

             Au-delà de ce couperet se profile un autre danger pour l'élève et ses parents: «Le nouveau désordre mathématique» (Psychologie, septembre 1978); «c'est le cauchemar des jeunes têtes blondes et la terreur des familles» (Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1979), ou pire «L'obsession des maths» (titre du Figaro, 14 juillet 1981). On redoute «la névrose du quantitatif actuel» (ibid.) ou bien on cherche à «analyser les mécanismes de cette névrose» (Le Point, 17 mai 1976). Plus grave, on parlera même de «la psychose du passage en C » (ibid.), le professeur de mathématiques étant celui qui "tranche" (L'Express, 19 juin 1977). Le Monde du 6 juin 1973 rapporte cette parole de l'un d'entre eux : « Nous nous habituons à jouer Dieu le Père. » « Les professeurs de maths devenus les grands prêtres du lycée s'en disent les premiers désolés » (Le Nouvel Observateur, 3 décembre 1979).

 

             Ces quelques citations n'ont pas la prétention de valoir une étude mais reflètent, me semble-t-il, une certaine représentation imaginaire des mathématiques qui se perpétue et que tout un chacun peut retrouver dans ses lectures. Je n'étudierai pas la réalité de la sélection par les mathématiques (en attendant peut-être que l'informatique lui succède!) mais indépendamment de cette réalité, il y a la façon dont on en parle et dont elle est vécue.

             Je rne suis souvent posé cette question: quel intérêt y aurait-il à attribuer aux mathématiques ce pouvoir de sélection?

           J'émettrai l'hypothèse qu'à un premier niveau, cet intérêt réside dans l'élimination du problème de la responsabilité de l'orientation. Le professeur (de mathématiques entre autres) n'a pas à se poser la question de savoir si c'est lui qui, par sa parole, par les notes qu'il attribue, orientera la vie de l'élève dans une direction et marquera ainsi cette vie de façon profonde. Les parents n'ont plus à se demander s'ils ont fait tout ce qui leur était possible pour participer à cette orientation. La société n'a pas à mettre en doute la valeur et le caractère peut-être provisoires d'un échec.

             L'intérêt de tous est de trouver un responsable que l'on désire à la fois puissant (on le dira donc puissant) mais que l'on peut contester parce qu'on le croit incontestable, ainsi les notes en mathématiques seraient plus "objectives" qu'ailleurs (Voir: Docimologie) . La puissance des mathématiques est ainsi idéalisée et c'est ce qui leur donne ce caractère persécutif qu'on leur prête et qui n'est certainement pas favorable à l'orientation vers les mathématiques.

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